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 "Mad in Taiwan", by Ladybird - 3ème et dernière pa

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ladybird
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MessageSujet: "Mad in Taiwan", by Ladybird - 3ème et dernière pa   Sam 12 Nov - 21:34

MAD IN TAIWAN

Troisième et dernière partie



La fusillade avait cessé, mais ce ne serait que pour quelques heures seulement. Ça faisait plusieurs jours que des pluies diluviennes se déversaient sur la région, rendant le cheminement des soldats difficiles. La boue était glissante et épaisse. Les nuits n’étaient que sommeil agité et moite, et il les passait sur un sol froid qui glaçait ses pensées. Cette guerre n’avait plus de sens – en avait-elle eu un ? Des milliers de kilomètres le séparait de celle qu’il chérissait, et l’idée de ne pas la revoir le rongeait et lui devenait insupportable. Pourtant, le désespoir grandissant lui donnait souvent l’envie de se laisser mourir, ou d’exposer son corps au balles, qui le réchaufferaient peut-être. Mais chaque fois, les pensées qui lui restaient le ramenaient à elle – sa peau, ses cheveux, sa chaleur, son parfum, son amour…
S’il n’avait pas eu cela pour guérir ses cauchemars, il aurait été mêlé, comme tant d’autres, à la boue et au sang. Il avait déserté, oui. Face à la futilité d’un conflit qui n’avait pas de fin, sa seule chance de vivre et de rester humain était de partir, partir loin et vers une autre vie, une vie qu’il avait oubliée.
Elle était là, assise à son bureau, en train d’écrire. Elle s’était retournée vivement au claquement doux de la porte et ils avaient échangé un regard intense. Sans un mot, ils se sont étreints. Toutes les inquiétudes qui l’avaient habitée se dissipèrent et elle cessa de penser. Il était là enfin, présence inespérée, et elle s’abandonna à lui. Il n’y avait pas de plus bel amour que celui qu’ils s’étaient donné ce soir-là. Un amour qui a le pouvoir de faire naître.

Le premier homme s’était tu en prononçant ce mot plein de vie. Son visage, tel un masque, n’avait exprimé aucune émotion. Aldric était maintenant assis à côté de moi. Je ne l’avais pas senti approcher. Notre regard à tous les quatre était fixe. Je ne comprenais pas encore pourquoi cet homme m’avait raconté l’histoire de cet autre homme. Etait-ce lui-même ? une connaissance ? ou quoi ? Je n’ai pas eu le temps de réfléchir plus, que le deuxième homme en noir se mit à parler à son tour. Sa voix était plus grave, plus caverneuse. Il parlait plus lentement.

Il regardait la cellule se débattre à travers la lentille du microscope. A côté de lui s’empilaient les feuilles sur lesquelles il avait écrit les observations de plusieurs mois d’étude. La journée touchait à sa fin, tout comme son projet, qui aboutissait enfin. Il pourrait bientôt mettre son expérimentation en œuvre. Resterait à trouver la personne qui l’y aiderait. Il se redressa et passa sa main derrière son cou tendu. Un léger bâillement lui échappa. Il rangea soigneusement ses documents et ses éprouvettes. La porte se referma sur le laboratoire rendu au sombre crépuscule et au mystère lattant.
Ce n’était pas un soir comme les autres, pour le professeur. Sa chambre d’hôtel l’attendait, et non les bras de celle qu’il aimait… Il avait dû partir en Chine pour continuer son projet plusieurs mois auparavant et laisser derrière lui celle qui chaque jour donnait un sens à sa vie. La science lui occupait beaucoup l’esprit et l’aidait à vivre loin de son foyer, un foyer qui allait le devenir plus pleinement. Il y manquait la présence d’un enfant. Mais le professeur se réjouissait. Oui, son projet abouti comblerait ce manque, enfin…
Il regardait les nuages d’un blanc éblouissant à travers le hublot. A côté de lui était posée sa mallette qui contenait le résultat de plusieurs mois d’études. Le professeur avait un léger sourire de contentement. Ses pensées étaient tout à la fois tournées vers celle qui l’attendait dans l’incertitude. Il serait de retour plus tôt que ce qu’ils avaient tous deux prévu.
Elle était là, assise à son bureau, en train d’écrire, sa silhouette se détachant sur la lumière tamisée de la pièce. Elle s’était retournée doucement au léger claquement de la porte et ils avaient échangé un regard intense. Sans un mot, ils se sont étreints. Elle avait compris ce qu’il ramenait avec lui. Il était là, enfin, et elle cessa de penser. Elle s’abandonna à lui, lui qui ferait de sa maison un foyer. Lui qui l’aiderait à donner la vie.

Sur ce mot plein de vie, l’homme se tu. Mes sourcils étaient froncés d’incompréhension. Je sentais Aldric trembler à côté de moi. Deux histoires qui se ressemblaient pour deux êtres qui étaient les mêmes. Deux histoires différentes qui les sépareraient. J’avais envie de crier Mais qui êtes-vous ? Comment savez-vous ces choses et qu’ont-elles à voir avec moi et mon frère ? Je ne voulais plus admettre telle ou telle réalité ou vérité. Je voulais ne jamais avoir entendu ces histoires ni ces hommes qui débarquaient d’une autre planète. Je ne voulais plus y croire. Mais je n’avais toujours pas la force de parler. Que celle de vomir le sang qui coulait de mon cœur.
Les deux hommes se sont levés et ont quitté la bibliothèque sans se retourner. On ne les a plus jamais revus. Je suis restée longtemps assise là, la main dans celle d’Aldric. Mes larmes chaudes gouttaient sur mes cuisses. Une grande confusion m’envahissait. Mais j’avais compris ce qu’il y avait à comprendre. Notre mère avait toujours su. Le mensonge était dur à pardonner. Un mensonge qui avait fait souffrir, qui avait déchiré deux êtres et en avait séparé trois. Un mensonge qui ne pouvait pas durer, car la vérité revient toujours à la surface.
Rien ne nous empêchait, Aldric et moi, de continuer à marcher ensemble, dans la vie, comme avant. Ça semblait simple, tellement nous étions inséparables, tellement notre amour était solide. Mais il n’existait plus d’avant. On ne pouvait vivre sans cette vérité qui nous envahissait à présent. C’était comme si on était devenus étranger l’un à l’autre. Un élément avait été déconnecté, au-delà de notre volonté. Quelque chose d’inévitable. Pourquoi ? Oui, pourquoi, pourquoi ?
Les jours ont passé. Tout était différent entre lui et moi. Oui, on était différents. On n’avait plus rien à se dire ni même à partager. On avait toujours cru que notre quête n’aurait pas de résultat, que cette réalité inévitable n’existait pas vraiment. On avait eu ce besoin vital, pourtant, de découvrir et de comprendre qui on était, au fond. On l’avait trouvé, après avoir cessé d’y croire. Ça nous avait surpris dans notre passivité. Tout n’était que paradoxe. Et pourtant tout était clair dans ma tête. J’avais mal de me comporter comme ça avec Aldric, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. C’était comme si un autre moi agissait, contre ma volonté. Nous en n’avons jamais parlé, mais je suppose qu’Aldric ressentait la même chose et souffrait autant que moi.
Pour guérir, ils nous fallait nous séparer, pour de bon. Séparés dans notre cœur, séparés dans l’espace. On est partis chacun de son côté. Pris d’un élan d’amour fraternel, le dernier qu’il nous restait, nous nous sommes serrés dans les bras l’un de l’autre. Etrange adieu. Etrange histoire. Je me suis retournée. Pas lui.

..........................................................................................................................


Une souffrance nécessaire qui
A donné un sens à ma vie
Il manquait le premier acte
Je ne pouvais comprendre où
J’allais et comment j’irais

A travers toi je me suis
Trouvée
Dis-moi, aurais-je pu le faire
Autrement
Que par cette souffrance ?

Il y a des mystères
Qu’on ne comprend pas
Des épreuves de la vie
Qu’on croit inutiles
Dures et trop injustes

Mais toujours elles nous font
Grandir
Toujours elles nous rendront
Plus fort
Quoi qu’on en dise

J’ai pris un nouveau chemin
Tu a suivi le tien
Dis-moi, étais-ce pour notre bien ?
Oui on a pu se trouver
Grâce à notre moitié

Je suis devenue une autre
Mais toujours au fond
De moi il y avait une place
Pour toi
Un souvenir

Jamais il n’a refait surface
Mais j’ai toujours su qu’au plus
Profond de moi il vivait encore
Ton souvenir
Mon frère



Ladybird
novembre 2005







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